Sophie Rosier

Caniconsultante
Etude, conseil et médiation des cohabitations Homme/Chien

Le collier anti-aboiements

De l’usage des colliers anti-aboiements

Les colliers anti-aboiements sont la plupart du temps présentés comme inoffensifs, et c’est ainsi que le maire d’une petite bourgade de l’Oise va même jusqu’à en proposer (été 2007) le prêt gratuit dans sa commune.

Soutenus par certains professionnels, les fabricants et revendeurs de ce matériel répressif en vantent et garantissent l’usage facile et le coût modéré, pour des résultats record et le tout sans dommage sur l’animal.

 

Peut-on raisonnablement se contenter de ces arguments partisans et de cette facilité annoncée, sans considérer la douleur et/ou la peur infligée(s) à l’animal pour parvenir à réduire la nuisance de ses aboiements… ? Certainement pas, car l’utilisation de ces « machines à faire taire nos chiens » peut n’être pas sans conséquence, à la fois sur les chiens eux-mêmes, mais aussi sur leur entourage.

 

Délinquant ?

Un chien qui aboie ou hurle est en pleine expression de son état émotionnel (par exemple : peur, colère, frustration, détresse de solitude) et de ses intentions (maintenir ou rétablir une distance acceptable, alerter son entourage d’une approche, faire savoir sa détresse ou son inconfort …)

Informant ainsi autrui du contexte dans lequel il se trouve, le chien « bruyant » n’est en rien à l’origine d’une manoeuvre délinquante, mais plus justement dans une réponse émotionnelle et comportementale à son environnement, au sens le plus large du terme.

 

Les divers matériels répressifs proposés à la vente

Des modèles de colliers avec ou sans réglage de divers degrés dits pudiquement de « corrections électrostatiques », envoient au chien un signal sonore et une décharge électrique punitive à la moindre de ses vocalises, source de stress à laquelle il ne peut échapper, même s’il continue d’avoir motif légitime (pour lui) d’aboyer.

 

Les appareils à jet de citronnelle qui expulsent ce répulsif autour du nez du chien qui aboie, sont tout autant nocifs que ceux qui envoient une décharge électrique. La substance adhère en effet au pelage bien après l’aboiement, continuant donc d’agir sans plus de rapport avec le signal qui l’a déclenché, et laissant le chien sans possibilité de se soustraire à cette odeur insupportable, pris entre ce qui le pousse à aboyer et ce répulsif qui lui gicle au museau sans plus le quitter !

 

Exercer de manière punitive et sans autre formalité, la contrainte d’une décharge électrique ou de substance répulsive sur ce qu’exprime l’animal, peut certes faire entrevoir une trêve immédiate dans les désagréments coupables, mais occulte de manière simpliste toutes les conséquences que peut avoir une telle répression des comportements.

N’agir qu’au niveau du symptôme (ici, les aboiements) sans chercher à travailler sur les diverses causes qui en sont à l’origine, dévoile le peu de cas qui est fait de l’animal lui-même, dans cette surenchère de stress qui lui est imposée.

 

Le symptôme risque de se déplacer

On observe des peurs et recherches de moyens de fuite chez de nombreux chiens porteurs de ces colliers, ainsi que des déplacements du symptôme-aboiement, quand l’animal exposé au stress prolongé et/ou permanent des décharges punitives, se voit débordé dans ses facultés adaptatives, et se met en réaction à s’attaquer à son environnement.

 

Ces réflexes désordonnés pouvant prendre toutes formes inattendues (autant indésirables que parfois dangereuses) comme par exemple : creuser la pelouse ou déchiqueter les végétaux, ou bien agresser le visiteur inattendu, le congénère, le chat ou l’enfant qui court dans le jardin (malheureuses victimes alors associées par le chien aboyeur, au surgissement des décharges douloureuses).

On peut relater encore d’autres exemples de glissement de l’aboiement vers d’autres comportements, mais concernant cette fois l’usage parfaitement abusif d’un tel matériel répressif, sur les chiens enfermés dans la maison et vocalisant leur détresse de solitude et de séparation de leurs propriétaires. Les décharges punitives empirent systématiquement le désarroi de ces chiens, en affolant et poussant certains à détruire portes, fenêtres et objets du mobilier, tout en conduisant d’autres jusqu’à la panique (bavant, urinant et/ou déféquant partout dans l’habitat).

 

Autant que les mésusages par des utilisateurs inexpérimentés, de possibles défaillances du matériel peuvent de surcroît soumettre le chien à des décharges intempestives sans lien véritable avec ses vocalises, concourant ainsi à le sanctionner de manière aléatoire et disproportionnée, et sans plus de rapport avec le but recherché.

Faut-il ajouter que sur le plan physiologique, l’utilisation de ces colliers peut non seulement provoquer un profond état de détresse mais aussi causer de véritables blessures ou infections au niveau du cou du chien, surtout par temps humide.

 

Vers une démarche responsable

Ces constats commandent donc d’adopter une démarche plus responsable et respectueuse du bien-être animal, pour résolution des problématiques de nuisances sonores par aboiements.

 

Dans cette optique, l’approche individuelle et spécialisée, menée au plus proche du chien et de son environnement familial par le Caniconsultant, permet de bien cerner avec les propriétaires de l’animal, les diverses situations causant les nuisances. Il y a toujours des solutions pour réduire des aboiements, mais elle sont chaque fois particulières et à évaluer au cas par cas dans le respect de l’équilibre émotionnel du chien.

Une telle évaluation personnalisée et ses solutions associées, réunissent assurément les conditions d’éthiques auxquelles les propriétaires et les professionnels (Caniconsultants, éleveurs, vétérinaires, dresseurs, éducateurs, toiletteurs) sont tous convoqués.

 

En conclusion

On peut voir dans le collier électrique une solution simple et rapide pour venir réduire les vocalises gênantes de son chien. Considérons cependant que cet outil présente un risque potentiel de blessures et de développement de troubles comportementaux supplémentaires, ce qui transforme alors cette tentative de résolution des problématiques de nuisances sonores, en maltraitance portant atteinte aux droits fondamentaux de l’animal.

Des pays comme le Danemark, l’Allemagne ou l’Australie interdisent ou restreignent déjà sévèrement l’usage du collier électrique. La Suisse étend même cette interdiction (depuis 1999 !) à tous les systèmes électroniques y compris ceux diffusant des odeurs ou émettant des sons. A quand les mêmes mesures en France… ?

Danièle Mirat et Michel Quertainmont

Les Caniconsultant(e)s s’interdisent de faire la promotion de ce type de matériel:

Danièle Mirat Caniconsultante http://www.communicanis.com
Michel Quertainmont Caniconsultant http://www.caniconsultant-vivreavecmonchien.fr